A Constantine, la plus célèbre des épitaphes[i], rédigée par le défunt de son vivant, était celle de l’orfèvre Praecilius. Son caveau, creusé dans le roc, au pied de la tour romaine appelée Bordj Assous[ii], a été trouvé le 15 avril 1855. Le texte en latin traduit par P-E Bache[iii] donne :
« Ici, moi qui suis muet, par cette inscription je raconte, ayant joui d’une existence à découvert, ma naissance (ma vie) jusqu’à mes derniers jours. (Ayant nom) Praecilius, domicilié à Cirta (Constantine), j’ai exercé la profession d’argentier (bijoutier ? Orfèvre ? Changeur ? Banquier ?). La confiance en moi fut toujours très grande et ma véracité a été communément à tous. Moi, à qui la gaieté n’a pas fait défaut en toute occasion, j’ai toujours joui abondamment de tous les plaisirs, avec d’excellents amis. Telle ne fut plus ma conduite après la mort de la pudique dame Valeriae ; quand je l’ai pu j’ai mené une existence agréable et sainte avec épouse. Mon anniversaire, je l’ai célébré cent fois honorablement et heureusement. Mais vint le jour suprême, celui où la vie (dut) abandonner mon corps épuisé. L’épitaphe que tu lis, vivant, je l’ai préparée pour (après) ma mort. Comme l’a décidé le destin, qui ne m’a lui-même jamais abandonné, vous me suivrez, (mes) semblables. Ici je vous attends. Venez. »
Hic ego qui taceo versibus mea(m) vita(m) demonstro lucem clara(m) frui/tus et tempora summa Praecilius Cirtensi lare argentari/am exibui artem Fydes(!) in me mira fuit semper et veritas omnis om/ni{s}bus communis ego <c=Q>ui non misertus ubique risus luxuria(m) semper fruitus cu<m=N> / caris amicis talem post obitum dominae Valeriae non inveni pudicae vitam cum potui / gratam habui cu<m=N> coniuge sancta{m} natales honeste meos centum celebravi felices / at venit postrema dies ut spiritus inania mem<b=P>ra reli(n)quat titulos quos legis vivus me(a)e / morti paravi ut voluit Fortuna numquam me deseruit ipsa sequimini tales hic vos ex<s=O>pecto venit{a}e
Sans opérer une profonde « étude de texte », l’aisance, la moralité et la longévité de Praecilius sont les manifestations essentielles de l’épitaphe. Comme Bache le faisait d’ailleurs remarquer, cette inscription renseigne sur des détails biographiques fortement imprégnés de mondanités. En effet, les réjouissances en groupe et la gaieté tendent à faire valoir sur fond de fatalisme, un épicurisme, doctrine déjà rencontrée à Timgad, dans une inscription : « Venere buvere, ridere, occ est vivere », adoptée comme un slogan « national ».